Le cadre n’est pas une contrainte : c’est une limite vivante
Aujourd’hui, en reprenant le travail après une absence, j’ai vécu une expérience intérieure marquante.
Mon retour a été accueilli avec attente, sollicitations, questions. Mes collègues étaient déjà “lancés”, pendant que moi, je n’avais plus le fil. Plus au courant de rien. Plus synchronisé.
Une sensation de décalage immédiate.
C’est à ce moment-là que s’est imposée une réflexion sur la notion de cadre.
L’élastique
Intérieurement, j’ai perçu une image très nette :
celle d’un élastique, attaché à moi, qui opposait une résistance.
Ma première interprétation a été classique, presque automatique :
cet élastique me contraint, il m’empêche d’aller plus loin.
Alors j’ai décidé de forcer.
D’aller au-delà de sa tension maximale.
L’élastique a cédé.
Et là, je suis tombé.
Pas physiquement.
Mais dans une sorte de néant intérieur.
Mon corps était bien présent :
je sentais mes mains, mes pieds, je pouvais bouger.
Mais il manquait quelque chose d’essentiel : le ressenti directionnel.
Je me déplaçais dans le noir, sans repère, sans axe, sans but réel.
Un mouvement possible, mais sans orientation.
Une liberté apparente… qui n’amenait nulle part.
C’est alors que l’information s’est imposée, très clairement :
Tu prends l’élastique pour une résistance,
alors qu’il te montre en réalité
l’espace dans lequel tu peux te mouvoir en sécurité.
Sans ce cadre, plus de chute brutale, mais une errance.
Une dispersion.
Un mouvement qui n’a plus de sens.
La boule de feu
J’ai décidé de stopper cette expérience et d’en ouvrir une autre.
C’est là qu’est apparue une boule de feu, brûlant la nature autour d’elle, sans distinction.
Arbres, végétation, surplus : tout y passait.
Ma réaction humaine a été immédiate : rejet, incompréhension, malaise.
Je l’ai interpellée.
Sa réponse a été simple :
Je fais mon travail.
Je brûle le surplus.
Je cadre la croissance.
Ce que moi je percevais comme destruction, elle le vivait comme régulation.
Puis elle a ajouté quelque chose de fondamental :
Tu perçois la mort du corps.
Et pour ton ego, cela ressemble à de la folie.
À cet instant, j’ai arrêté l’expérience.
Ce n’était pas “confortable”.
Mais c’était juste.
La clé
Le lien s’est fait naturellement.
L’élastique.
Le cadre.
Le feu.
Tout parlait de la même chose.
Le cadre n’est pas là pour enfermer.
Il est là pour éviter la chute dans le noir.
Pour empêcher la dispersion, l’errance, la perte de repères.
Dans le contexte du travail, c’est exactement la même dynamique :
respecter le cadre permet d’éviter des erreurs difficiles — parfois impossibles — à rattraper.
Ce n’est pas une limitation arbitraire.
C’est une structure de sécurité.
Conclusion
Chercher à dépasser le cadre sans l’avoir intégré,
c’est parfois confondre liberté et dissolution.
Le cadre n’est pas l’ennemi du mouvement.
Il en est la condition.
Et aujourd’hui, c’est cette compréhension-là qui a été ma clé de résolution.

